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Exposition au MUCEM: "le monde à l'envers"

Posté le 01/02/2014

A compter de fin mars 2014 s'ouvre au MUCEM de Marseille une grande exposition sur les carnavals d'Europe et de Méditerranée qui nous intéresse pour le cours de français à la séquence théâtre.

 

Données logistiques relatives à la sortie:

Date : mercredi après-midi 02 avril 2014,

groupe concerné: 31 élèves du cours de français (Fr) tronc commun de 1ESL étudiant Jean Genet,

départ du lycée: 13h00 (bus de transport scolaire spécifiquement réservé pour le groupe) après le repas de midi, pour un retour le soir avant 18h00.

Visite guidée au MUCEM par un guide aggréé formé pour l'exposition, à partir de 14h30.

Tarif environ 12 eur/élève (prix de la visite + du bus). Les modalités administratives et logistiques sont en cours de finalisation. La sortie a été validée par la Direction, par retour de formulaire signé, et la compagnie de bus est en train de finaliser le devis.

 

Présentation de la sortie:

Etudiant les bonnes de JEAN GENET, nous avons en effet affaire à deux personnages qui jouent des rôles, et la pièce s'ouvre par exemple sur un travestissement.

Voir par exemple la note d'intention du metteur en scène Pierangelo SUMA, metteur en scène de la compagnie Racinededeux :

(texte disponible en version intégrale ici: http://racinededeux.over-blog.com/ )

NOTE D'INTENTION

 

Dans la mise en scène de Pierangelo Summa, Madame est une marionnette à taille humaine, portée et manipulée par les deux soeurs. Elles, sublimées par la rage et le martyre, prisonnières de leur rite sacrificiel n'ont pas d’issue. Seul le bagne ou la mort pourraient enfin trancher les fils invisibles qui les retiennent à leur maîtresse. Comme si les marionnettes, au fond, c’étaient elles. De même qu’on ne sait parfois plus très bien si elles jouent ou pas, de même on ne sait trop qui manipule et qui est manipulé dans ce drame.

 

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MOT DU METTEUR EN SCENE

 

J’ai voulu une scénographie simple, non réaliste, accompagnée d’un jeu poussé à l’extrême. Pour souligner l’aspect rituel de la pièce les objets ont une fonction symbolique. Une balançoire évoque le « dehors », tout le reste par contraste est « dedans » : les deux comédiennes jouent dans un espace qui les emprisonne et leur gestualité le souligne.

Prisonnières d’un lieu où tout est Madame. Une porte qui ne les verra jamais vraiment sortir. Une fenêtre pour épier Son retour. Un espace fermé. Obsédées par Son absence bien plus forte qu’une présence. Un jeu qui se voudrait libérateur et qui les enchaîne encore plus fortement.

Les deux bonnes sont là, « dévouées servantes », Madame est vivante, Madame « s’échappe ». Manipulatrices manipulées : j’ai voulu que Madame, objet de désir et monstre sacré à la fois, soit jouée par une marionnette animée par les bonnes. Par ce biais elles lui seront dévouées au point de renoncer a leur propre identité pour la faire vivre.

Dans une sorte de rituel de mise à mort entre carnaval et sacrifice, j’ai essayé d’explorer avec Genet les limites entre l’amour et la haine par les corps fondus-confondus où chacun joue l’autre.

Pierangelo Summa

 

 

Voir également dans la mise en scène de Pierangelo SUMA présentée à Marseille en 2000, à travers cette bande-annonce, les motifs du masque et du déguisement: là encore le parti pris est de forcer le trait burlesque et carnavalesque.

 

 

Plus largement, le théâtre a intégré le déguisement comme partie active de la mécanique du rire ou comme stratagème dramaturgique propre à relancer et entretenir l'action.  Molière ou Marivaux et ses quiproquos servent par exemple largement le motif du déguisement qui loin de n'être qu'un recours scénique, a toujours également une signification plus sociologique et politique. Et le théâtre tout entier pourrait être vu comme un carnaval qui durerait le temps d'une représentation.  La tradition de la Commedia dell'arte a intimement mêlé les deux: comique spectaculaire et théâtre du renversement.  Voir la conférence donnée à ce sujet par l'historien de la littérature MICHEL ZINK titulaire de la chaire des littératures médiévales au Collège de France. 
Les Arlequin ou Toinette qui se déguisent, jusqu'aux Bonnes de Genet qui endossent les vêtements des maitres et maitresses veulent toujours , même provisoirement, déranger l'ordre du monde et donner un coup de pied dans la fourmilière-pyramide sociale. En cela ils s'inscrivent dans une perspective quasi révolutionnaire, qui rejoint la valeur inhérente au carnaval, ce divertissement qui froid dans le dos, puisqu'à chaque fois il s'agit de fricoter avec l'altérité, non pas celle de l'ennemi social ou du lointain partenaire qui nous serait diamétralement opposé et dont nous prendrions momentanément la place, mais bien pire, notre propre part d'altérité et d'étrangeté, celle contenue en nous-mêmes, qui terriblement  intime, nous fait éprouver le temps de l'échange des costumes et des rôles, nos propres potentialité et nous donne un aperçu vertigineux de notre propre virtualité. 
 
 
Et cette variation musicale sur le thème du "carnaval", par le pianiste de jazz arménien Tigran Hamasyan ("carnaval" sur l'album " a fable"):
 

 

Cf. Sur la notion de "carnaval" comme indice de subversion à partir de sources littéraires, le travaux de M. BAKHTINE,

traduits en français chez Gallimard: 

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Tel/L-OEuvre-de-Francois-Rabelais-et-la-culture-populaire-au-Moyen-Age-et-sous-la-Renaissance

 Pour une approche comparative et plus historique ou sociologique que littéraire, on se reportera à la somme synthétique parue chez L'Harmattan en 2010: Penser le carnaval, qui par exemple démontre le lien entre histoire créole , créolité et carnaval dans le théâtre antillais et martiniquais et donne sens à ce "chaos" fertile tel que décrit par Glissant. 

 

 

Pour en savoir plus sur l'exposition; voir la présentation par CultureBox (FranceTélévisions):